Combien de communes de France n'envieraient-elles pas la richesse du patrimoine de Saint-Léger ?

Pour la relater un volume serait nécessaire. La modestie de cette présentation, oblige à en dire l'essentiel et ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet peuvent consulter l'importante documentation régionale. Saint Léger, commune de 1491 habitants est située au cœur du Massif des Yvelines et de l'ancienne forêt des Carnutes.

 

Ses origines remontent à la préhistoire alors que l'homme chassait des ours, des aurochs, des élans, des porcs sauvages, dans la grande forêt qui allait de Paris à Chartres et de Dourdan à Houdan. Le nom d'Yvelines vient de l'eau qui abondait dans les riches et fertiles vallées de la forêt, où l'on découvre aujourd'hui des restes de cités lacustres. La présence de néfliers à proximité de ces sites confirme la présence de l'homme qui se nourrissait de ses fruits.

 

Une taillerie de silex a été repérée entre Saint-Léger et le Matz ; une hâche de pierre quartzeuse a été trouvée à la Croix Saint-Jacques. La Gaule celtique a laissé au nord-ouest de Saint-Léger le plus grand dolmen connu de la région parisienne ; faisant environ six mètres cubes et entre quinze et vingt tonnes, il est connu sous le nom de pierre Ardoue ou Ardroue. Plusieurs tumulus figurent aussi sur les cartes autour de Saint-Léger.

 

De l'époque gallo-romaine, on mentionnera, d'une part, le croisement de deux voies romaines à Saint-Léger et d'autre part, la découverte d'objets tels que vases de toutes formes, amphores, poteries diverses, tuiles courbes, une hache d'équarrissage en fer et un grand nombre de pièces de monnaie. La présence le long de la Vesgre de moulins à grain et de meules de pierre atteste l'activité des hommes qui défrichaient partiellement la forêt pour la cultiver, qu'ils soient moines ou soldats. De cette époque, on mentionnera encore les caves du Planet et l'existence d'un forum révélée par une photo aérienne le long de la route de Montfort.


Au moyen-âge, Saint-Léger a eu une influence historique notoire. Devenue Chatellenie Royale, la cité était plus importante que Montfort. Les Communes voisines, dont Rambouillet, n'existaient encore pas. De 418 à 752, la Forêt d'Yveline appartient à la dynastie mérovingienne, puis après une répartition de 752 à 987 aux Carolingiens. Sous les capétiens le morcellement se poursuit entre l'Eglise et les Vassaux, mais Hugues Capet reprend le terroir de Saint-Léger pour le compte de la couronne. Son fils Robert le Pieux (996-1031) y fait construire sa résidence pour chasser en forêt. Cette résidence est le premier château de Saint-Léger. L'Eglise et son clocher datent de cette époque.

 

Saint-Léger se nommait alors Saint-Jean-Baptiste, nom actuel de l'Eglise depuis le XI° siècle. En 732, le convoi ramenant à Autun la dépouille de Saint Léodégaire fait halte au croisement des deux voies. Ce saint évêque était très vénéré par suite de miracles nombreux qu'on lui attribuait et c'est après cette halte que les habitants du lieu décidèrent de s'appeler les « Léodégariens ».


Le château de Robert le Pieux était situé sur l'Esplanade surplombant l'Eglise. Sa largeur atteignait 50 mètres, et sa base a servi à l'infrastructure du château construit sous Henri II. Il en subsiste aujourd'hui des souterrains et des caves voûtées en plein cintre. Il était alimenté en eau par une conduite de poteries de grés dont certaines sont visibles au musée de Sèvres. Cette eau provenait de la « Citerne de la Muette » située à 2 km sur la route de Gambaiseuil. Elle est de forme carrée, couverte de pierres meulières avec un sol et un soubassement carrelés de briques. Elle est constituée de 4 berceaux voûtés s'appuyant à l'extérieur sur le parois et au centre sur un pilier carré. On sait que 3 prêtres s'y cachèrent sous les guerres de religion. Philippe 1er , Louis VI le gros, Louis VII et Philippe Auguste résidèrent à Saint-Léger ; des chartes signées par eux l'attestent. Louis VI y mourut dit-on.


Durant le séjour des rois de 987 à 1204, il y avait, à Saint-Léger, une prévôté et une prison, mais peu de maisons ; les habitants étaient disséminés dans la forêt par suite de leurs professions : bûcherons, cendriers, tonneliers, forgerons, cercliers, etc...


En 1204, Philippe Auguste échange Saint-Léger contre la Chatellenie de Breteuil. Il n'avait pu admettre la décision du concile des Evêques l'obligeant à répudier sa seconde femme Agnès de Méranie et à reprendre sa femme Ingeburge qu'il avait fait enfermer au château. C'est ainsi que Saint-Léger passa à la veuve de Simon III de Montfort qui devenait propriétaire des toute les Yvelines.


A la moitié du XIII siècle le comté de Montfort est partagé. Yolande, la fille aînée de Béatrix de Montfort conserve Saint-Léger. La chatellenie demeure le domaine de Bretagne jusqu'à ce que Anne, fille du Duc François II, l'apporte à la couronne de France en épousant Louis XII en 1499 . Leur fille, Claude de France la réunit définitivement au domaine royal par son mariage avec François 1er en 1514.
Nous savons par des lettres du Duc Jean V de Montfort que Saint-Léger possédait alors une aumônerie, c'est-à-dire un Hôpital de 1200 lits. Elle avait été fondée par la comtesse Béatrix et le mortuaire au début du 17° siècle note des décès de personnes venues des régions avoisinantes. Le Bourg se crée petit-à-petit autour de son clocher avec l'apparition de nouveaux artisans et d'emplois tels que pâtres, nourrices etc...


Contrairement à une erreur longtemps perpétuée, Saint-Léger a eu trois châteaux et non pas deux. Le deuxième château fut commandé par le roi Henri II. Philibert Delorme réalisa en partie cet édifice dessiné par DU CERCEAU. Ce n'est qu'en 1977 qu'une équipe de chercheurs en a découvert et fouillé le site. Cet ouvrage bien qu'inachevé fut une merveille de technique de construction qui a fait école. La cour ne cesse d'utiliser ce château et c'est là que sont nés les Haras Royaux.


Le troisième château fut construit sur l'ordre du Duc d'Anjou. Il était situé sur le bord de la Vesgre et en 1668, les Haras y furent transférés pour des raisons de commodité. Le deuxième château de Henri II fut rasé en 1667-1668 à la demande de Louis XIV et de troisième en presque totalité au cours du 18° siècle. L'origine des Haras est en fait très ancienne. Déjà, en 1053, des documents prouvent que l'on élevait de nombreux chevaux dans la forêt. En 1238 et en 1248 des cessions amènent un regroupement d'élevages au sein de la famille de Montfort. Le comte André de Foix établit un véritable haras à la Chatellenie de Saint-Léger et on sait qu'en 1668 celui-ci fut transféré du haut du village vers le bas, puis ensuite transporté définitivement le 27 mars 1715 aux Pins en Normandie.


Tout au long du 17° siècle, le haras de Saint-Léger eut une grande importance avec au moins 600 bêtes réclamant les soins d'un capitaine et de nombreux valets. Son implantation englobait outre le château, le Parc d'En Haut, encore visible près de Montfort, le Parc d'En Bas, la Harasserie, la ferme du Clos Regnard (nom actuel Clos Renard), la métairie des Basses Mazures, le moulin et l'étang du Planay (actuellement Planet), l'étang Poulain, la ferme des grands coins, le moulin de l'Archet et de nombreuses autres terres. C'est dans ce haras que sont apparues les professions telles que vétérinaires, barbiers-chirurgiens du roi (c'est-à-dire médecins), apothicaires (pharmaciens), officiers des Haras, palefreniers, maréchaux-ferrants, bourreliers, selliers. On peut affirmer que ces Haras Royaux de Saint-Léger sont les ancêtres des actuels Haras Nationaux, en particulier ceux des Bréviaires, commune voisine de Saint-Léger.

 

Le cheval est toujours resté activement présent dans la région de Saint-Léger grâce aux chasses à courre et aujourd'hui grâce aux nombreux élevages et centres hippiques qui prouvent la démocratisation de la pratique des sports équestres.


L'église à son origine était englobée dans l'enceinte du château. Son porche (caquetoire) campé sur les pylônes reliés par des ogives laisse apparaître un curieux enchevêtrement de charpente. Le portail à deux battants est d'époque. Le clocher, inscrit au patrimoine historique, date réellement de Robert le Pieux. La nef est dépourvue de tout ornement architectural et particulièrement de renvoi de sons ou abat-son, ceci pour y rendre audibles les trompes de chasse. Sont remarquables, les fonds baptismaux, classés par les Beaux-Arts en 1927, les bénitiers, la chaire, le banc d'œuvre exécuté par un menuisier de Saint-Léger en 1894 dans le style 12° siècle, et les trois vitraux du maître autel installés en 1875. On notera enfin la pierre tombale de l'abside gauche au pied de l'autel de la vierge. Y gît « noble homme Antoine Billard » vivant valet du roi, décédé en sa maison de Saint-Léger et anobli par Louis XIII pour donner un exemple aux féodaux contre qui le roi avait encore à lutter pour éliminer totalement un servage en principe aboli au 12° siècle, mais qui subsistait encore.


En 1792, année d'émeutes, le mouvement insurrectionnel partit de Saint-Léger. Il fut sans grande conséquence. Pendant la terreur où on s'acharna à, démolir les biens des châtelains et de l'Eglise, Saint-Léger perdit sa sonnerie et s'appela Marat-des-Bois.

Sous Louis XVIII, plusieurs croix furent érigées aux carrefours de la forêt ; celle de Vilpert fut bénie le 27 décembre 1824 pour la fête communale.

Le 2 septembre 1839, le sous-préfet autorise la Fabrique à céder un immeuble qui sera la première école de la commune succédant à celle de l'église qui existait déjà en 1715. Le 7 janvier 1844 l'aménagement des routes forestières et des chemins vicinaux donnant accès à la forêt est décidé. A la suite d'une enquête publique du 22 décembre 1872 au 5 Janvier 1873, la construction de deux ponts remplaçant les gués sur la Vesgre est décidée. En octobre 1876, le conseil municipal décide la création d'un corps de sapeurs-pompiers pour assurer la protection de la forêt.

Le bâtiment actuel de la mairie date de 1904. Il contient les classes scolaires dotées déjà à cette époque d'une cantine.


Au cours du 20° siècle, de nombreux aménagements de la cité et de sa forêt ont été créés tant pour suivre l'expansion démographique, que pour améliorer les conditions de vie et enfin pour faciliter l'attrait touristique de la région et de ses richesses. La circulation a été drainée par des voies routières ou cyclables vers des pôles d'attractions tels que le centre nautique des Etangs de Hollande. Le village a été doté d'installations sportives et d'une salle polyvalente construite sur la Place du Gros Billot et utilisée principalement par les Associations qui, depuis 1996, connaissent un très grand développement tant au niveau de leurs activités que du nombre de leurs adhérents.